So philo : pourquoi aimer ?

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amour

Pourquoi aimer ? (oui, pourquoi ?) : nous avons tenté de comprendre pourquoi avec Sophie Geoffrion, lors du So philo du 15 mars 2014.

 

Se sentir aimé, c'est ce qui, d'après Sartre, permettrait de "nous sentir justifiés d'exister". L'amour reçu serait ce qui donne un sens à la vie. Est-ce la même chose quand on aime ?

Aimer, est ce qui, avec le langage, nous différencie des animaux, nous caractérise en tant qu'êtres humains.

Est important aussi l'objet d'amour. Aimer quelqu'un, aimer quelque chose...

Aimer pose la question du désir. Du choix également.

 

Notre nature d'être humain est incomplète. Je cherche ce que je n'ai pas... Platon, l'avait montré avec le mythe de l'androgyne, l'homme est toujours en quête de sa moitié. Cette insatisfaction, cette incomplétude introduit une dynamique. Quand on est « complet », tout s'arrête. Or nous sommes des êtres de changement. Rien ne s'arrête. Aimer s'inscrit aussi dans une dynamique.

Platon rappelle également, avec le mythe d'Eros, la double nature du désir. Je désire ce que je n'ai pas, mais quand je l'obtiens, je ne suis pas satisfait, je veux plus.

 

« Pourquoi aimer ? » nous renvoie à la question « Est-ce que la nature humaine peut se passer de l'amour ? ». Même les plus grands criminels sont capables d'amour. Ne pas aimer paraît impossible. Nous sommes des êtres aimant et désirant par nature.

La haine est-elle naturelle ou se construit-elle ? Ou bien, la haine et l'amour sont-ils les deux faces d'une même chose ? L'amour est complexe en effet : aime-t-on le fait que l'autre nous aime ? Est-ce moi que j'aime à travers l'autre ?

L'amour, ne serait-il pas plus de l'ordre d'une fonction dont même les animaux seraient capables ? Une forme d'instinct ? (on a vu des animaux « adopter » des petits d'une autre espèce). Mais par ailleurs, il a été démontré que l'instinct maternel n'était pas inné chez l'homme.

L'empathie serait, semble-t-il, liée à une part de notre cerveau, plus ou moins développée. L'amour comporterait-il une part de chimie / d'alchimie : le rôle des odeurs, l'attirance ressentie pour certaines personnes et pas d'autres....

 

Les Grecs ont distingué différents amours : l'amour des corps, le sexe, la procréation / « filiae », l'amour désintéressé / « agapê », l'amour des idées, la charité.

Les mystiques ont peut-être écrit les plus beaux textes d'amour (le Cantique des cantiques...), cet amour désintéressé. L'amour amoureux, lui, comporte une part d'intérêt, sauf à aimer l'autre totalement libre.

Pour René Girard*, l'amour n'est pas une relation linéaire où "je" (sujet) désire quelque chose. En réalité, "je" ne désire qu'en fonction d'un tiers, dans une relation triangulaire. Plus on est nombreux à désirer le même objet, plus mon désir est grand. Le Swann de Proust désire Odette parce qu'un autre la désire. Il connaît alors la jalousie dévorante pour une femme dont il dira ensuite qu'elle n'était pas son genre. S'agit-il de mon désir ou de celui des autres ?

Mais est-ce que dans l'amour, il n'y a pas l'envie de l'inaccessible, l'autre avec qui je ne suis pas, celui avec qui je suis mais ne me satisfait pas.... ? « Les histoires d'amour finissent mal, en général... » dit la chanson.

 

L'amour interroge nos représentations, nos schémas de ce qu'il doit être. Pour certains, l'amour c'est rester toute une vie ensemble. Pour d'autres, une seule nuit peut être aussi très belle.

L'amour sous toutes les formes du moment qu'il me rend heureux et que je ne fais pas souffrir l'autre. Il n'y a pas un modèle d'amour mais surtout une forte pression sociale (être en couple, à tel âge, comment faire durer son couple...) pour imposer un modèle dominant.

C'est en opposition à cette pression que se sont inscrits les libertins, en affirmant leur liberté de vivre comme ils veulent, en refusant ce que la société impose.

Quand on est amoureux, on est transformé, mais cet état est difficile à conserver dans la durée. Il faut pouvoir accepter que la tendresse, le respect soient aussi de l'amour.

 

Il n'y a pas de modèle mais il y a la foi. Il faut vouloir que cela dure. Et accepter que cela ne dure pas. Sinon c'est ne pas accepter le principe de vie, la changement, inhérents à tout être, notre devenir.

 

 

 

*Le triangle du désir mimétique, théorie développée dans Mensonge romantique et vérité romanesque.

Ecouter l'émission de France culture - Les chemins de la connaissance (14/11/2011), consacrée à cet ouvrage de R. Girard.